Massacre à la tronçonneuse : l’integrale

Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement vient tout juste de sortir en DVD, c’est l’occasion de revenir sur une franchise qui n’a pas fini de s’embourber, subissant toujours la puissance du film original.

Massacre à la Tronçonneuse (The Texas Chain Saw Massacre, 1973)

1973, un jeune réalisateur nommé Tobe Hooper décide de se lancer dans le milieu avec un genre réputé lucratif. Il ne sait pas encore qu’il va réaliser un des films les plus dérangeants jamais tourné.

Oui bon d’accord ce début de critique est un petit peu pompeux mais peu nombreux sont ceux qui peuvent sortir indifférent de cette expérience cinématographique. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, le slasher n’existe pas encore, les films d’horreur ne sont pas encore ce qu’ils sont et si l’on veut se faire des frayeurs au cinéma, il faut alors se tourner vers Hitchcock (qui commence à sérieusement se faire vieux) et son style léché ou vers de petits jeunes qui semblent montrer la voix comme George Romero ou Wes Craven.

Quand Romero donnait un contexte politique fort à son œuvre et quand Wes Craven provoquait un profond malaise par le va-et-vient d’un réalisme cru à des scènes complètement bucoliques, Tobe Hooper joue la carte de la plongée brute, sans concession, dans la folie pure. Bien sûr l’image de cette famille de dégénérés oubliée de l’Amérique donne un aspect politique au film mais là n’est pas le plus important. Jamais scènes n’auront été aussi marquantes, même après plusieurs visions. Maintes et maintes fois copiées, elles pourraient perdre en intensité puisque le film accuse plus de 30 ans, mais il n’en est rien. Si le spectateur subit la montée crescendo dans le bizarre, il se retrouve projeté brutalement dans une situation complètement surréaliste en même temps que l’héroïne Sally. Le film orchestre une parfaite montée, de son générique inoubliable au climax de la scène du repas. Une scène clé qui montre comment la démence engendre la démence, et c’est là la qualité principale du film, le petit truc psychologique qui prend possession de votre cerveau, qui vous fait sortir tout retourné et qui fait qu’il sera sûrement difficile d’atteindre un jour un tel niveau de représentation de l’aliénation puisque de nos jours les victimes de films d’horreur sont souvent de vrais MacGyver ayant une très forte retenue de panique.

La mise en scène n’épargne rien au spectateur, gros plans agressifs, lumières criardes. L’ambiance sonore est du même acabit et l’interprétation est incroyable de réalisme, Marylin Burns en tête, une prestation marquée par un état de nervosité, d’incompréhension et de terreur (sûrement accentué par les conditions de tournage) qui ne sera jamais reproduite, même par les plus grandes scream queen qui viendront par la suite.

Tout relève de l’expérimentation pour clouer le spectateur et tout fonctionne, comme un (drôle de) miracle sur pellicule. Hooper le dit lui-même, une telle audace aujourd’hui ne serait pas possible. Son succès et/ou son expérience avec des gros studios l’auront sacrément perturbé et il ne réussira jamais à réitérer l’exploit, même avec un Crocodile De La Mort trop inscrit dans une volonté de faire la même chose. Quant à Massacre à la tronçonneuse 2, c’est une autre histoire, un film au demeurant sympathique mais qui l’entraînera vers la médiocrité, voir la nullité…

Massacre à la tronçonneuse 2 (The Texas Chainsaw Massacre 2, 1986)

Douze ans après le choc du premier film, Tobe Hooper remet le couvert. Si le premier donnait dans le malsain et le bizarre, le deuxième tente une incursion dans le grand guignol et convertit l’essai !

La famille de dégénérés appelée maintenant Sawyer (un joli nom !) vit de la « viande » qu’elle ramène de ses virées nocturnes, échappant à coup de pots-de-vin aux autorités du Texas. Une jeune D.J. et un Marshall accessoirement oncle de la Sally du premier film vont prendre les choses en main.

Le pitch n’a pas l’air convainquant et pourtant le film est un vrai régal. Dès la première scène et la massacre des yuppies (yes !) on est parachutés dans un monde complètement outrancier. Si les personnages de la famille Sawyer sont les mêmes que dans le premier dans les noms, les caractères et la mode vestimentaire ont bien évolué ! Le personnage de Chop-Top maintenant interpetté par Bill Mosseley (que l’on retrouvera chez un certain Rob Zombie, et ce n’est que le début…) devient une sorte d’hippie post-Vietnam ( !) mélomane à ses heures et Leatherface devient un éjaculateur précoce qui tombe amoureux (si si) pour donner naissance à l’une des scènes les plus jouissives du film (moi aussi quand je suis amoureux et que je viens trop vite j’ai tendance à refaire la pièce à coup de tronçonneuse…). Enfin on a le droit à un Dennis Hopper, Marshall excentrique, bras armé et vengeur d’un Seigneur tout puissant, à qui le William Forsythe de The Devil’s Rejects doit définitivement tout.

Outrancier dans ses personnages mais aussi outrancier dans tout son set design et sa photo. Point de lumière crépusculaire ici mais des guirlandes, des néons, en bref le plus de couleurs possibles à l’écran et si possible bien fluo !!! Ici le contenu et le contenant s’accordent à merveille mais Hooper aura tendance à faire de ces lumières une habitude fort désagréable jusqu’à tomber dans le techno-multicolore ridicule absolu dans les Masters Of Horror…Tom Savini enfin, égal à lui-même, donne un aperçu encore une fois de son talent pour les maquillages qui éclaboussent de partout.

La meilleure idée de cet épisode est donc bien de ne pas avoir trop capitalisé sur le premier film et d’offrir une grosse blague de sale gosse à l’humour déviant et salace : complètement génial !!!

Leatherface, Massacre à la tronçonneuse 3 (Leatherface, The Texas Chainsaw Massacre 3, 1990)

Après la bizarrerie et surtout le changement radical de ton du deuxième épisode, New Line (les papas de Freddy Kruegger), rachète les droits de l’Homme à la tête de cuir représentant chez Bosch (du travail de pro…) pour un film qui, s’il n’est pas un chef-d’œuvre, n’a franchement pas à rougir devant certaines productions actuelles.

Bon il est clair que l’exploit incroyable qu’était le premier épisode ne pourra pas être reproduit. Nous sommes en 1989, New Line est en pleine bourre Freddy, quelque part entre les épisodes 5 et 6 à remporter 10 fois leur mise à chaque fois que ce petit espiègle de tueur au chapeau et aux griffes acérées fait son apparition dans les salles. Et chez New Line, on est malin, pourquoi ne pas appliquer la même recette à une autre franchise ? C’est en tout cas ce que l’on ressent à la vision de ce 3e opus des aventures de Leatherface. Le film de Jeff Burr arrive à rendre un hommage à l’opus originel de Tobe Hooper tout apportant une touche d’humour noir et un ton résolument sarcastique (qui a dit Krueggerien ?) à l’ensemble. On ne compte alors plus les clins d’œil au premier film : bruitages, déroulement de l’intrigue, personnages et même jusque dans certains cadres assez soignés la plupart du temps.

Evidemment le malaise n’est plus là mais on gagne au change cet humour omniprésent, un humour chez les bad guys élevé au rang d’art par Freddy, l’art de balancer 6 punchlines par bobine, l’art de la petite vanne qui va bien avant d’exploser un crâne à coup de maillet ; le réalisateur s’octroie même le droit de ridiculiser à plusieurs reprises Leatherface mais au vu du deuxième épisode pourquoi s’en priver ? (à noter que sa relation avec sa mère sera un peu reprise dans le remake de Marcus Nispel, comme quoi…) Sans être complètement slapstick, joyeusement barré et sexuellement explicite comme l’était le deuxième, Massacre à la tronçonneuse 3 saura vous dérider pour autant que vous soyez client de ce genre, d’autant que le casting est plutôt intéressant avec un Ken Foree déjà iconique et un Viggo Mortensen débutant. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs, au vu de certaines scènes, que Rob Zombie y ait pioché quelques idées même si c’est ici beaucoup moins flagrant que pour le deuxième Texas Chainsaw.

Au lieu de se masturber devant des remakes insipides il serait peut-être bon de retourner vers cet opus mal connu, définitivement plus burné et fendard que nombre de réalisations du moment.

Massacre à la tronçonneuse, la nouvelle génération (The Texas Chainsaw Massacre : The Next generation, 1994)

Les deuxième et troisième épisodes de Massacre à la tronçonneuse partaient dans la gaudriole avec plus ou moins de talent. Kim Henkel, co-scénariste du « massacre » original décide de revenir dans un esprit de folie et de terreur…et rate son coup.

Remake non avoué du premier, ce « Texas Chainsaw Massacre : The Next Generation » s’embourbe dans des partis pris plutôt douteux, même si certains partent d’une bonne intention. Censé se passer en 1996, le film brille par un brouillage des pistes et une absence de contexte sidérants. Les bourreaux sont tous « physiquement attractifs », comme ancrés dans le monde moderne et en même temps complètement bouseux (Leatherface hésite pour le coup entre le look de la mamie du 16e et celui plus radical de Micheline par Elie Semoun, mais en tout cas toujours très coquet !…), le tout filmé dans des tons sépias franchement pénibles et saupoudré de son hard-rockien, en gros le but est difficilement compréhensible : quand sommes nous en fait ? Et sommes nous devant une version tronçonneuse du Rocky Horror Picture Show ?

Si Henkel tente d’élaborer les prémisses d’un semblant de début de réflexion sur le culte de l’apparence avec une inversion des rôles qui aurait pu être une bonne idée, il par en sucette complètement avec son héroïne moche parce qu’elle a des lunettes (appelé aussi syndrome « elle est trop bien ») et pousse son idée beaucoup trop loin en allant jusqu’à la théorie du complot avec un français en col blanc censé couvrir la famille pour assouvir ses désirs S.M. (comme ça on dirait du Hostel…mais non en fait).

Lorsqu’il ne tente pas de percées réflexives ratées, Henkel ne fait que nous montrer qu’il n’est pas réalisateur à la base (certains acteurs dépassent du cadre lors de scènes de dialogue, Uwe Boll avant l’heure) et se contente de reproduire les scènes du film de 1974 en ajoutant un obstacle, une mare ici, une antenne T.V. là (et oui…). Se la jouer Intervilles n’est peut être pas le meilleur moyen pour faire peur en tout cas.

Le film est en fait juste une curiosité pour ses deux acteurs principaux alors inconnus à l’époque. Renée Z ellweger d’abord, qui joue vraiment n’importe comment, enfin en tout cas comme ses camarades du moment sauf que eux meurent rapidement, mais surtout Matthew McConaughey en complet cabotinage, une performance complètement déjantée qui arrive à nous sauver du sommeil…

Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chainsaw Massacre, 2003)

En 2003, Michael Bay prend (encore) une drôle de décision et décide de produire un remake de Massacre à la tronçonneuse. Comme d’habitude, on prend un jeune réalisateur de clips et c’est parti…Mais refaire ce qui ressemble de plus en plus à un coup de génie involontaire de Tobe Hooper, est-ce vraiment une bonne idée ?

Cinq jeunes gens se rendent à un concert et passent par le Texas où ils vont tomber sur une famille qui elle, a plutôt envie de s’amuser avec eux. Jusque là rien de surprenant. Mais là où ce remake commence plutôt bien, c’est que très vite il se détache de son aîné et propose des alternatives scénaristiques assez intéressantes, même si on échappe pas à des personnages qui sont toujours les mêmes depuis longtemps. On n’est donc pas devant un remake à la Gus Van Sant et on prend confiance. Seulement voila, le film laisse une impression désagréable, un enchaînement de péripéties robotisé, on passe d’un lieu à un autre sans trop comprendre pourquoi, on se prend la même poursuite à pied trois fois dans les dents, à vouloir trop se démarquer du scénario limpide de l’original on tombe un peu dans le n’importe quoi et on n’évite pas les clichés habituels du genre. La puissance de l’interprétation de Marilyn Burns dans l’original ne sera évidemment pas reproduite ici puisque Jessica Biel, écho au personnage de Sally du premier film devient une héroïne comme on en déjà vu 1000 fois, incroyablement forte, une véritable survivor qui n’hesite finalement pas beaucoup pour achever son pote à coup de couteau : exit la folie viscérale du premier Massacre donc…. Le film est en fait bourré de fausses nouvelles bonnes idées pompées ici où là et mises en valeurs par une photo soignée, peut-être même un peu trop quand on connaît par cœur l’original.

Mais le film parvient à rassembler quelques qualités, la première étant la famille de dégénérés elle-même (même si on retrouve des idées de Leatherface : Texas Chainsaw Massacre 3). Le personnage interprété par R. Lee Ermey (l’instructeur de Full Metal Jacket…) vaut à lui seul la vision du film et on retiendra vraiment cette scène où le rapport à l’autorité en prend un sérieux coup : intéressant ! Beaucoup plus gore et barbare que son aîné, il n’atteint par conséquent pas sa puissance évocatrice (beaucoup de personnes sont sortis de l’original en pensant avoir vu des litres de sang à l’écran alors qu’il n’en est rien) et devient finalement un simple survivor pour djeuns comme on en voit beaucoup depuis l’avènement des franchises. Et son manque d’ambition fait qu’on lui préfèrera très vite un bon petit Détour Mortel sorti six mois avant dans l’indifférence générale et bien plus épique dans son déroulement.

Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement (The Texas Chaisaw Massacre : The Beginning, 2006)

Michael Bay remet ça et propose maintenant la prequel du remake du chef d’œuvre de Tobe Hooper, ça devient un peu compliqué mais tout est bon pour s’en mettre plein les poches…

Après un nième générique qui pille tant qu’il peut celui de Seven, on croit que l’on va assister à la naissance d’un mythe qui nous a traumatisé depuis trente ans. Il suffira de dix minutes pour bien comprendre…que non ! Exit Marcus Niespel, faux prophète réalisateur du remake de 2003 et place à Jonathan Liebesman, déjà responsable de Nuit de Terreur, un film où la petite souris n’amène pas que des pièces de 1 euro. Après nous avoir fait croire pendant dix minutes qu’on est vraiment devant un « Texas Chainsaw Massacre Zero » avec la scène d’accouchement (la naissance de Leatherface donc…) qui semble obligatoire aujourd’hui (l’accouchement serait-il devenu le symbole de l’horreur ? Peut-être un effet pervers de la surpopulation… !), le film devient d’une insignifiance assez remarquable, avec sa bande de jeunes anti-datée et sa succession de scènes pseudo-choc.

Torché par des gens définitivement sans scrupules, n’ayant aucune espèce de respect pour le genre auquel ils s’attaquent, MALT : Le Commencement fait partie avec des films comme La Colline A Des Yeux 2 ou Saw 2 et 3 de ces objets filmiques pondus à la chaîne sous prétexte d’une remise à la mode du genre par des gens talentueux et qui finalement pourra être à l’origine de sa mort, comme ce fut le cas vers la fin des années 80 et le début des années 90.

Pas la peine de chercher ne serait-ce que le semblant d’une idée ici, Liebesman reproduit la charte soi-disant créée par Niespel, filme tout de la même façon, emploie les mêmes filtres fashion mainstream et pire, il cite déjà le précédent film comme si celui-ci était culte et incontournable, persuadé d’expliquer LE commencement en expliquant des détails dont tout le monde se fout (ça intéressait vraiment les gens de savoir comment le shérif a perdu ses dents ?). Le peu de bonnes idées qu’il y avait dans le remake sont ici complètement annihilées et noyées dans un respect automatique d’un cahier des charges lucratif, il faut voir ce qui est fait du personnage de R.Lee Ermey pour s’en convaincre.

Bien décidés à se gaver sur ce coup là, les producteurs semblent même diminuer de manière conséquente les moyens attribués à KNB pour les maquillages puisque les scènes qui font venir les collégiens dans les salles sont parasitées par des plans de coupe plus que douteux.

Au final, on trouvera juste son compte en regardant sous tous les angles une Jordana Brewster toujours aussi mignonne…un peu court pour un film.

Et pour finir, le trailer de Leatherface, Massacre à la tronçonneuse 3, juste parce qu’il est vraiment exceptionnel !!!

[youtube]Rap71FdtzjQ[/youtube]

Derf

 

 

 

 

 

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Moi je me suis arrêté au premier et celui avec Jessica Biel ( on se refait pas :biggrin:) et moi qui croyait que c’était le 2…:lol:
Enfin bref, merci de nous avoir remis les tronçonneuses à l’heure. :wink:

Commentaire by feilong74 on 20 août 2007 17:35


et donc ? quid du premier ?

Commentaire by derf on 20 août 2007 18:28


sinon pour les mauvaiss langues, la critique de M. 2501 de MALT : le commencement lisible sur Ecranlarge ressemble etonnament à la mienne et sachez que je l’avais pas lue avant…comme d’hab

Commentaire by derf on 20 août 2007 18:30


Vil copieur !:getlost:

(nan, sérieux, y’a eu des mauvaises langues ? :ermm:C’est juste les grands esprits tout ça… un air bien connu :happy:)

Commentaire by 2501 on 20 août 2007 19:37


Très intéressant ce dossier !

J’ai toujours eu un peu de réticence à découvrir les suites de MALT à cause de leur réputation peu glorieuse. Mais là tu m’as bien donné envie de découvrir au moins le 2 & le 3.
J’ai vu les 2 remakes, le premier est pas mal du tout quand même, au moins pour avoir réussi à lâcher le second degré post-Scream mal assumé qui tuait les films d’horreurs «  »modernes »" (ok, Détour mortel aussi, mais je le trouve vide ce film, au point de ne plus me souvenir de grand-chose). Et esthétiquement c’était franchement pas mal torché (peut-être plus la découverte d’un chef op que d’un cinéaste, voir Pathfinder). Le dernier est une merde qui n’exploite absolument pas son sujet, succombant juste à la mode commerciale du retour aux origines, on est d’accord.

D’ailleurs, à quand une sanglante manche du capture quizz ?? :w00t:

Commentaire by 2501 on 21 août 2007 1:22

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