Planète terreur

 

Le deuxième segment de Grindhouse débarque enfin, en sortie d’été, comme un vilain petit canard après Boulevard de la mort et les honneurs cannois. On peut enfin voir le projet dans son ensemble, moins quelques bandes-annonces (glanées sur internet). La bonne nouvelle c’est que les films sont très différents, et très représentatifs de leurs auteurs.

Là où Tarantino jouait une fois de plus le film réflexif avec une oeuvre moins simple et abordable qu’il n’y paraît de prime abord, Rodriguez reste dans sa cour de récréation premier degré. Il fait un film Grindhouse, dopé par des moyens financiers conséquents et des SFX parfaits (même si donnant forcément dans l’exagération). Par conséquent, l’intrigue ne brille ni par ses idées, ni par son degré d’implication.

On reste distant devant un film que l’on sait une copie exagérée mais qui ne joue pas la parodie. Difficile d’accrocher aux personnages quand ceux-ci ne sont que des archétypes, qui ne vivent que par leur incônisation, soit par l’acteur qui les incarne (Bruce Willis a juste besoin d’apparaître pour que ça marche, sur le moment), soit par une caractéristique insolite (une jambe mitraillette, un collectionneur de testicules).

Planète terreur est donc un peu le cul entre deux chaises, entre l’amusement ressenti devant ce cinéma ressuscité et l’impossibilité d’être pleinement impliqué dans une histoire balisée, parsemée de personnages-accessoires. Ces derniers sont heureusement parfaitement campés, de Rose McGowan, héroïne fragile devenue guerrière, à Josh Brolin en docteur stressé. Seul Freddy Rodriguez fait trop teenager pour incarner le mâle héros de ce genre de film. Les grands yeux effrayés de Marley Shelton sont par contre une petite révélation.

Dans sa dernière partie, le film lâche les vannes du délire gore comme le faisait Une nuit en enfer. Ce dernier était en fait déjà à l’époque un double feature Grindhouse en un film, mixant un scénario signé Tarantino au délire enfantin de son collègue en un mélange surprenant et vraiment enthousiasmant.

Planète terreur offre généreusement réjouissances et morceaux de bravoure qui vont des maquillages bien dégueus aux gunfights énervés. Malheureusement si on a un festin sur la durée, le film manque d’idées pour renouveler ses délires, les meilleures étant dans la bande-annonce. La réalisation de Rodriguez reste efficace et même inspirée quand elle utilise une pellicule usée sur toute la longueur du film, jouant sur l’usure jusqu’à la rupture lors des passages chauds, dans tous les sens du terme, donnant à la photographie un cachet indéniable. Ou comment faire d’un défaut une marque de style, seule à mettre clairement en avant la conceptualité du film.

 

Après Sin City, Rodriguez donne à nouveau dans le respect du matériau d’origine, en s’amusant avec ses personnages et ses effets pyrotechniques ou gores. Même l’apparition de Tarantino est symptomatique : ses dialogues ne sont pas brillants mais sa fin est délicieusement dégueulasse.

Planète terreur remplit son contrat de divertissement déviant, sans pour autant réussir à dépasser son statut de simple copie, toute exagérée soit-elle, avec, aussi, les défauts d’origine, dont celui de ne marcher que sur le moment culte ou drôle, en négligeant la vue d’ensemble.

7/10

2501

tags

8 Commentaires

rssCommentaires flux RSS

Pas de commentaire. Sois le premier

addLaisser un commentaire