Amer Béton

Amer Béton arrive enfin sur les écrans, après un development hell de près de 10 ans. Le projet d’adaptation du manga de Taiyo Matsumoto était en effet à l’origine porté par le prodige du Studio 4°C, Koji Morimoto (Magnetic Rose, Beyond), qui avait réalisé un pilote d’une dizaine de minutes en 3D en 1997. La démonstration était comme d’habitude chez ce surdoué de l’animation, très impressionnante, mais les financements ne sont jamais arrivés.
C’est son collègue américain, Michael Arias, travaillant aussi pour le studio depuis de nombreuses années, qui va prendre la relève. Spécialiste des effets spéciaux et producteur des Animatrix, il a réussi l’exploit de s’intégrer dans le monde de l’animation japonaise, et surtout de devenir le premier gaijin (étranger) à réaliser un anime pour le cinéma.

Amer béton est donc son premier film, une véritable démonstration technique des capacités du Studio 4°C, avec notamment leur savoir-faire dans le mélange 2D/3D où l’aspect gouaché de cette dernière permet de nombreux mouvements de caméra sans que l’œil soit choqué par le côté lisse du numérique. Ainsi, de travellings en brusques décadrages, de zooms en panoramiques de toutes sortes, les animateurs s’en sont donné à cœur joie. On retrouve aussi un design anguleux pour les personnages, typique du studio. Visuellement, Amer béton est une réussite incontestable.
Mais à l’inverse d’un Mind Game complètement déjanté et expérimental, le film de Michael Arias reste plutôt sage, aidé en cela par un scénario simple aux symboles très forts (qu’il n’était pas non plus aisé d’imposer tels quels). A travers l’histoire de ces gamins dans un univers urbain tentaculaire se fait fortement ressentir l’héritage d’Akira. La fin, et notamment la séquence du Minotaure dirigée par Morimoto, est un délire esthétique du plus bel effet, à savourer sur grand écran.

Amer béton est seulement handicapé par deux choses : une longueur excessive pour un tel sujet (il aurait gagné à être ramassé sur 90 minutes), et un manque de personnalité, d’une touche d’auteur autre que celle du Studio 4°C. Il pourra au moins permettre à un plus grand public de découvrir une autre facette de l’animation japonaise. En attendant la sortie de Mind Game ou d’un long de Morimoto…
8/10
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