Le Secret de Terabithia
On peut légitimement crier à la publicité mensongère en ce qui concerne ce Secret de Terabithia, vendu comme un nouveau Narnia, avec une bande-annonce bourrée d’effets spéciaux et une affiche colorée qui promet de l’aventure heroic-fantasy.
Car le film est tout le contraire, et l’on sent que les executives de Disney ont été bien désarçonnés par le résultat (au point, il paraît, de vendre honteusement le film aux journalistes en leur disant frontalement par leurs attachés de presse qu’ils s’excusent pour la mauvaise qualité du film ! Juste hallucinant).
Mais qu’est-ce donc alors que ce film marketé comme un vulgaire divertissement de Noël préfabriqué ?
Tout simplement l’un des plus beaux films sur l’enfance et le pouvoir de l’imagination que l’on ait pu voir. Le genre de surprise qui vous redonne espoir dans le cinéma américain. Rien que ça.

Rapide résumé : Joss est un jeune ado un peu renfermé. Chahuté à l’école, il a un don pour le dessin et vit dans une famille pauvre, avec un père strict (Robert Patrick, le T1000 ! lol). La rencontre avec Leslie, la nouvelle de la classe un peu originale, ne jurant que par le pouvoir de la fiction, qui emménage dans son voisinage va changer son morne quotidien. Tout deux vont s’inventer un monde qui leur permettra d’échapper aux difficultés de la réalité.
Enoncé comme ça, ça fait un peu peur et ça sent le cliché à plein nez. Mais les meilleurs films sont ceux qui prennent les stéréotypes à bras-le-corps et qui croit en la puissance de leur sujet (plus que de leurs SFX, ou de leur casting).

Gabor Csupo nous offre avec son premier long-métrage (chapeau !) un hymne à l’imaginaire, mis en scène de façon modeste, mais sans académisme. Ici rien n’est tape-à-l’oeil, tout sonne juste, on rentre très vite dans un univers familier, la vie scolaire un peu chaotique de nos deux jeunes héros étant une part importante de la structure du film, opposée à leurs escapades en forêt. Autant dire que l’oeuvre joue intelligemment sur le vécu de chacun, à la fois tendre et cruel.
Le casting est excellent, les gamins sont incroyablement justes et attachants (c’était pas gagné d’avance, j’ai plutôt tendance à vouloir bouffer du Haley Joel Osment au p’tit dèj). La petite Annasophia Robb est à suivre, le jeune héros n’a rien d’un enfant-star hollywoodien typique. Puis Zooey Deschanel en prof de musique… Miam.

Il doit y avoir 5 minutes d’effets spéciaux à tout casser (tout est dans le trailer), mais là n’est pas l’intérêt, bien au contraire. On est même déçu quand ils se pointent de façon trop visible.
Car le film joue d’une façon très fine et touchante le basculement progressif de la réalité aux rêves, de la simple exploration d’une forêt à son appropriation par deux esprits joueurs et inventifs (une certaine idée de l’évasion par l’imaginaire déjà exploitée dans le Créatures célestes de Peter Jackson).
On est aussi surpris par la noirceur du film, qui l’oriente plus vers une ambiance film indépendant (mêlé à une simplicité et une efficacité 80′s) plutôt que vers le blockbuster fantasy ayant pour but de séduire les masses (il y a d’ailleurs un rebondissement qui a dû décrocher les mâchoires des producteurs).
Terabithia c’est un peu un Tideland réussi (ou même un remède au Labyrinthe de Pan). Sans provoc et sans univers d’auteur ultra élaboré (d’ailleurs le monde imaginaire est un peu limite – comme son nom – mais on s’en fout). Comme quoi on peut avoir le sens du merveilleux sans forcément en mettre plein la vue.
Gros coup de coeur.
8,5/10
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