La Cité interdite

Zhang Yimou est de retour avec sa désormais traditionnelle superproduction au casting de choix. A la poésie à gros traits et la théâtralité outrée de Hero, à la romance guimauve des Poignards volants, succède cette Cité interdite, plus gros budget du cinéma chinois.
Yimou redonne dans la pièce montée, encore plus colorée et indigeste qu’à l’habitude. Ces intrigues de couloirs ne sont qu’exposition de dédales ultra chargés, de robes et d’armures donnant aux acteurs l’allure de gros bonbons sur pattes, à un point tel que l’on se demande si décorateur(s) et costumier(s) ne participent pas au concours du visuel le plus clinquant et le plus kitsch qui soit. Le résultat est un défilé de mauvais goût d’une extrême maniaquerie qui fait presque mal aux yeux. Heureusement les nombreux et profonds décolletés occupent la rétine masculine. Ca en devient presque drôle, le seul aspect un peu distrayant d’une première heure soporifique avec son histoire de poison à petit feu (le spectateur semble aussi en être affecté à mesure que s’écoulent les longues minutes du film).

On pourra toujours invoquer le poids du décorum en symbole enfermant la pauvre Gong Li mourante, mais ce serait analyse de pacotille au vu du vide ressenti devant tant de démonstration pompière. Le réalisateur semble par moments vouloir concurrencer Ran mais ne parvient pas à nous intéresser à son histoire d’inceste, à créer des enjeux dignes de ce nom, ni bien sûr à arriver à la cheville de la beauté picturale du chef-d’œuvre shakespearien de Kurosawa. La mise en scène est pataude et le montage hasardeux (raccord dans l’axe, placement de personnages illogique). Le spectateur a à peine une sympathique scène nocturne avec des ninjas à la King Hu à se mettre sous la dent avant le dénouement façon gouffre de Helm plus mécanique qu’un Dynasty Warriors. La fin, tragédie ridicule à rallonge, est encore plus nauséabonde que celle de Hero. Pauvre Gong Li, toute tremblotante, un pot de peinture sur la figure, qui tente de défendre un rôle risible.
Même un Wu Ji complètement raté était plus divertissant, moins bloqué dans une solennité artificielle et prétentieuse (cachant mal la baudruche), et dont les fulgurances associés à des SFX d’un autre âge étaient au moins drôles. Depuis le finalement très efficace Tigre et Dragon, le wu xia pian à vocation internationale se retrouve bloqué dans ses ornements, démonstration technique sans âme dont Zhang Yimou est devenu l’officiel exécutant peu inspiré. Il est au moins prêt pour la cérémonie des JO après cette dispendieuse répétition. Pitié, qu’il enchaîne sur une carrière de décorateur d’intérieur et laisse le cinéma à des compatriotes plus qualifiés.
2/10
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