300

Le voilà enfin, ce film trop attendu, qui portait l’espoir d’une œuvre hybride enfin convaincante, transformant l’essai du mélange cinéma-animation-jeu-vidéo (notez la métaphore rugbystique, ça sied bien au film).
Et ben ce n’est pas encore pour aujourd’hui. Le film-sur-fond-vert le plus réussi restera le sympathique Captain Sky (sans doute aussi parce qu’il proposait un univers propre et que le réal pouvait y laisser s’exprimer sa mise en scène sans le poids du décalque).
Niveau bourrinage, ça y va franchement et c’est plutôt satisfaisant. C’est du parpaing comme dirait l’autre. Ca tombe bien on est là pour ça. Zack Snyder s’éclate, ça se sent, et il nous gratifie de morceaux de bravoure purement cinématographiques qui ne doivent rien à la BD (surtout les 2 plan-séquences de corps-à-corps de malade, avec enfin une bonne utilisation de ralentis-accélérés combinés). Le reste est plutôt banal entre du Gladiator-like « dans la mêlée » (« Push !! » lol), du monstre façon petit troll en mano à mano et des charges d’animaux complètement avortées (déception totale de ce côté). D’ailleurs, on pouvait s’attendre à un crescendo et au final on a droit à un climax tout ridicule où la voix off bien lourde qui nous as tant cassé les couilles jusque-là atteint un summum dans l’explicatif couillon, niveau maternelle (« on dirait que là il s’agenouille mais en fait non parce que c’est fait exprès » et blabla-détails sur le stratagème du trop malin Leonidas).
Bref, ce n’est pas généreux et bien dosé comme du Peter Jackson… Les concurrents au Seigneur des Anneaux ont encore du chemin à faire (fin caractéristique : début de charge des Rohirrim, par un Rohirrim d’ailleurs, hommage ?).
Le décorum virtuel est finalement assez pauvre, le film ayant beaucoup moins de plans graphiquement marquants que Sin City. Il colle ainsi plus aux personnages, mais perd en beauté purement picturale. La photographie N&B s’accommodait beaucoup mieux du numérique. Ici ça bave et les contours sont imprécis, les acteurs semblent flotter dans le virtuel ambiant sur les plans larges.
Au niveau des dialogues, quand ce n’est pas de la punchline bien virile (le déjà culte THIS IS SPARTA !!! entre autres) c’est d’un ridicule achevé, et sans doute assumé. Je n’ose même pas imaginer le film en VF. Pour y adhérer, ainsi qu’à ces héros tout en burnes et en abdos, il faut être soit très fan de sport collectif bourrin, soit prendre ça au premier degré comme on prendrait le Starship Troopers de Paulo au même degré… Si on pousse à peine plus loin que le divertissement à prendre à la légère, les interprétations nauséabondes sont légions. Ce qui rassure tout de même c’est que tout ceci n’est à l’évidence pas très sérieux (mais bon l’implication et le message du film en prennent un coup). On voit clairement que c’est le bourrin qui compte, le reste étant artificiellement greffé, et il faut le dire con et mortellement chiant. L’intrigue de la reine Gorgo, rajoutée paraît-il par rapport au comics, est laborieuse et assez vide d’intérêt (on dirait « Rome pour les Nuls »). Heureusement que Dominic West est là pour sauver les meubles (échappé de The Wire, ça fait bizarre de le voir dans cette ambiance musclée limite beauf). Enfin, les retours sur les champs de blés sont franchement dispensables et l’intrigue du bossu difforme plus d’une fois gênante, car ramenant constamment sur le tapis des thèmes plus que discutables alors que l’on veut de la baston.
Heureusement, Butler braille bien, son charisme sauve souvent le film, le reste du cast qui l’entoure est accessoire, à un roi Perse très fofolle près.
Bref, 300 aurait pu être un film d’action brut de décoffrage mais il est encombré par bien trop de fioritures, et plombé par une voix off répétitive (« les Spartes ont une grosse bite », toutes les 10 minutes). En limitant son ambition à 90 minutes de combats (un peu comme un Blood The Last Vampire, gros bloc de fun beau et bourrin), en oubliant un peu le message mythique, « l’exemple » – trop – porté en étendard, le film de Snyder aurait pu devenir un film barbare mémorable. Là on savoure le spectacle quand il y en a (heureusement pas mal), on sourit beaucoup de la débilité ambiante, mais on repassera pour les véritables héros, ceux par lesquels passent l’identification et l’émotion, bourrine ou pas.
En fait, Snyder aurait fait Sin City on aurait eu un parfait film noir numérique, Rodriguez se chargeant de 300 on aurait au moins franchement rigolé.
8/10 pour le fun
6/10 en vrai
2501


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