La Môme

Le biopic est le genre lourdaud par excellence. Académique, sans prise de risque, il table sur la renommée d’un personnage populaire pour faire recette, en enfilant comme des perles les passages obligés de toute grande vie hors du commun, en alternant gloire et côté obscur.
C’est dire si c’est le genre le plus chiant et le plus prévisible. A moins d’être extrêmement intéressé par le sujet tout en n’y connaissant rien (ce qui est assez rare comme combinaison), c’est pas souvent là que l’on trouve les grands films, surtout quand ils sont sages au point de respecter la réalité dans les moindres détails, en oubliant d’apporter un point de vue.

Il y avait donc bien à craindre de cette Môme, succès populaire préétabli sur LA star de la chanson française, qui annonçait un film paresseux et lisse. Hors il n’en est pratiquement rien. Le film joue de manière un peu hasardeuse mais audacieuse et payante une structure de souvenirs, les séquences s’enchaînant sans logique chronologique (et parfois sans trop de logique tout court), permettant au moins au spectateur d’être pratiquement constamment surpris malgré un parcours connu (enfance – découverte – amour – gloire – beauté – déchéance – agonie – agonie – agonie…). Cela permet de mettre avant tout le personnage en avant, par petites touches plutôt que par une dramaturgie classique. Mais l’on peut dire qu’on assiste si ce n’est à une tragédie, du moins à une lente agonie. Triste, voire extrêmement glauque sur la fin, le film a un peu trop tendance à transformer Piaf en sorcière grabataire. Mes connaissances étant assez limitées pour ne pas dire nulles sur le sujet, difficile de crier à la trahison, mais le trait est quand même un peu forcé (mais bravo au maquilleur). Mais c’est aussi ce parti-pris de film assez noir (même si on rit 2 ou 3 fois) qui rend le film attachant et peu ordinaire. Car pour le reste tout est là et bien là, l’argent est à l’écran : décors, costumes, tout est parfait, jusqu’au beau boulot sur la photo par Tetsuo Nagata (dont plusieurs plans-séquences remarquables). Au début on a peur que tout le cinéma français fasse son caméo, mais ça se calme par la suite. Depardieu est bien sûr là pour assurer les ventes à l’étranger, mais pas trop longtemps heureusement, les discrets Pascal Greggory et Marc Barbé garantissant des seconds rôles solides, cerise sur ce gros gâteau « qualité France ».
Il faut bien sûr souligner l’interprétation de Marion Cotillard, composition, incarnation à l’américaine, ce qui est bien trop rare par chez nous pour qu’on la snobe. Une « performance à prix », certes, mais qui porte le film et touche le public comme l’exige le personnage. Et c’est bien là l’essentiel.

Par sa narration en mode random, et une mise en scène vive mais qui sait accorder la place qu’elles méritent à des séquences marquantes (le match de boxe, le très beau plan-séquence de la mort de Cerdan, la première représentation où l’on n’entend pas la voix de Piaf mais où l’on ressent l’émotion du public), la Môme ravit par une inventivité que l’on ne s’attendait absolument pas à retrouver dans un biopic. La manière de mettre en avant les chansons n’est jamais répétitive et passe naturellement sans faire dans l’architecture comédie musicale forcée. On pourra juste reprocher à ce propos une musique originale qui réorchestre parfois maladroitement les titres les plus connus de la chanteuse.
La structure particulière du film trouve un peu ses limites dans une fin à rallonge, mais la Môme surprend (et déprime un peu…), ce qui était loin d’être gagné d’avance. On a notre bête à prix qui n’a rien à envier à ses homologues américains, mais qui arrive à retenir l’attention sans tomber dans les pièges de l’académisme, quitte à verser allégrement dans le freak show, le portrait étant peu flatteur au final. Un vrai bon film populaire français qui ne prend pas les spectateurs pour des cons, c’est assez rare pour être apprécié.
J’y suis allé à reculons mais je ne regrette rien (oui, elle est un peu facile…).
8/10
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