Lettres d’Iwo Jima

 

Lettres d’Iwo Jima était on ne peut plus attendu, le premier volet étant réussi même si confus dans sa narration. Il avait déjà depuis plusieurs mois la réputation d’être supérieur à Mémoires de nos pères (multiples prix, au sommet des tops 2006 de la presse anglo-saxonne), la bande-annonce était magnifiquement mélancolique, et l’impatience à son comble pour ce qui s’annonçait comme le premier véritable évènement cinématographique de 2007.

 

Mais Lettres d’Iwo Jima a malheureusement un côté monument aux morts assez désagréable… Dans une atmosphère de recueillement perpétuel, Clint Eastwood a beau avoir la maîtrise visuelle qu’on lui connaît, ce style classique direct, sans fioritures, presque évident, le film part dès le début sur une voie délicate, le simple constat d’une bataille perdue d’avance et les réactions de ces hommes pris dans ce piège absurde, face à leur situation immédiate, leur devoir, la patrie, leur honneur, leur sacrifice. Tout cela finit par être plus dépressif que mélancolique. L’approche du réalisateur est pourtant à plus d’un titre passionnante et courageuse. Un américain qui se penche sur le camp adverse, en respectant une version originale japonaise, tout en gardant son point de vue occidental sur ces évènements, empreint d’une compassion humaniste, c’est on ne peut plus respectable. C’est d’ailleurs ce postulat qui fausse un peu le rapport au film dès le départ. On aimerait tant qu’il soit parfait et sans fausse note… mais mille fois hélas, c’est justement en grande partie la musique qui fait défaut, ou plutôt qui enfonce Lettres d’Iwo Jima dans le tire-larmes répétitif. Si le thème du fiston est très beau, il est presque le seul à être exploité sur plus de deux heures ! Les variations n’y changeront rien, il devient de plus en plus insupportable à force de tourner en boucle et est plus d’une fois sursignifiant sur les séquences d’émotion, parfois à seulement 2 minutes d’intervalle. Un procédé presque amateur, du moins maladroit, qui contraste avec la qualité visuelle du film (superbe photo, cadres irréprochables) et la justesse quasi-constante dans le traitement des personnages et l’interprétation.

 

La structure du film est peut-être moins chaotique que sur Mémoires de nos pères, on pouvait cependant attendre beaucoup plus des lettres d’Iwo Jima. Les flashbacks sont en effet assez aléatoires et ne semble pas plus rythmer le film que la progression guerrière classique. On est plutôt dans l’attente de « comment vont-ils se comporter face à une mort certaine ». Les différentes voix off et les brefs flashbacks qui en découlent vont de l’anodin (le général et ses lettres des Etats-Unis) au ridicule (le policier et la scène du chien). Serait-ce la fausse bonne idée du film ? Là où l’utilisation de ce genre de voix off collective paraît tout naturel chez Terrence Malick, le relais est ici laborieux. Le rythme s’en ressent, puisque ces lettres ne sont même pas un squelette efficace pour le récit, on se raccroche à l’histoire d’un massacre annoncé. La tragédie est plus sur les visages, dans l’ambiance, que dans le récit qui n’a aucune dynamique (il y a sans doute bien un quart d’heure en trop). Et puisque le spectateur est presque aussi résigné que les soldats dès les premières minutes du film, il n’y a pas vraiment d’évolution possible…

Lettres d’Iwo Jima n’est pas un mauvais film pour autant, loin de là, et c’est ce qui est le plus déchirant. C’est simplement une œuvre fortement déceptive, au propos on ne peut plus respectable et lucide, parfois gâché par des facilités qu’on ne pensait pas pouvoir trouver dans ce genre de film. L’implication et l’émotion du spectateur lutte alors entre une sensibilité de grand maître et d’inattendues maladresses parfois agaçantes.

Lettres d’Iwo Jima reste un film de guerre hors du commun, et fortement recommandable, mais il est loin de combler toutes les espérances, comme c’était déjà un peu le cas pour le premier volet. Il faut parfois se montrer indulgent même avec les plus grands noms, et si l’on n’attend pas un chef-d’œuvre absolu du film de guerre, ce diptyque reste fortement appréciable et surtout original dans un genre très balisé.

7/10

2501 

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Pas encore vu, on en reparle dès que c’est fait :unsure:
Encore été doublé moi :getlost:

Commentaire by feilong74 on 28 février 2007 13:30


en tout cas très belle affiche qui me rappelle un peu celle d’apocalypto…désolé
sinon le film est en noir et blanc ou la photo est-elle juste très travaillée ? (ou c’est mes yeux ?)

Commentaire by derf on 28 février 2007 15:03


very beautiful poster which reminds me of apocalypto….etc etc for our foreign friend….

Commentaire by derf on 28 février 2007 15:10


this is not black & white but very near, my bilinguist friend

Commentaire by 2501 on 28 février 2007 16:41

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