ROB ZOMBIE : THE AMERICA’S REJECT
Chanteur de rock indus, cinéphile averti, cinéaste à part entière, en seulement deux réalisations (et quelques clips) Rob zombie a su imposer son style et son attirance pour le mauvais goût. Alors que l’annonce de la mise en chantier de sa vision du classique de John Carpenter Halloween commence déjà à diviser les foules, attardons nous un peu sur l’oeuvre de ce « rebut de l’Amérique ».
The House Of 1000 Corpses

Quelques extraits de vieux films ou de vieux programmes style Grindhouse, une station service délabrée et transformée en parc d’attraction horrifique, un clown bizarre et un dialogue Tarantinesque, voilà comment Rob Zombie nous annonce la couleur de son film en cinq minutes.
S’ il est un genre ou l’excellent côtoie le très mauvais, c’est bien le film d’horreur, lorsqu’en plus il lorgne vers la référence on est en droit d’être inquiet. Oubliez ça, Rob Zombie apporte une touche tellement caractéristique que l’ensemble est vraiment surprenant. Les inserts tous plus bizarres les uns que les autres, le montage ultra rapide, ce mélange de MTV et de films crasseux des années 70, ces couleurs criardes, le chanteur des White Zombie calque son histoire sur celle de Massacre à la Tronçonneuse, sans le réalisme mais avec un humour noir déjanté poussé à son paroxysme.

Certes dans le Texas Chainsaw de Tobe Hooper, l’ironie était déjà présente et la famille représentait déjà les oubliés d’une Amérique puritaine et en apparence parfaite. Rob Zombie multiplie par 1000 cet effet : chaque détail est mûrement réfléchi, tout symbole de cette Amérique est détourné, chaque scène trash est ponctuée de musique country enjouée : l’american way of life, Zombie défèque dessus.
Pire, il filme cette famille de psychopathes avec beaucoup plus de tendresse que les victimes, sa femme Sheri Moon en tête, son rire insupportable n’enlève en rien l’amour que lui porte la caméra ! Les victimes ne sont plus celles que l’ont croit : des jeunes étudiants condescendant envers l’Amérique profonde et tellement insouciants qu’ils en deviennent ridicules ou de la famille qui finalement se venge de cette exclusion, Zombie fait son choix en terme de respectabilité…et l’exécution du dernier garant de l’ordre prend alors une dimension symbolique incroyable : tout est sans dessus dessous !
Farce sarcastique avant tout, The House Of 1000 Corpses s’enlise malheureusement dans une envie de se terminer rapidement. Le dernier tiers du film change ainsi complètement de ton, exit les détails de cette Amérique et bonjour au film d’horreur ultra classique à tendance satanique, avec une scène de poursuite vue et revue dans plusieurs Freddy ou encore Hellraiser. Heureusement, le dernier plan renoue avec l’ambiance imposée par le début du film.
Un peu brouillon sur la fin, The House Of 1000 Corpses reste néanmoins un film jouissif fait par un amoureux du genre et à la personnalité bien marquée.

The Devil’s Rejects

The House Of 1000 Corpses est sorti directement en vidéo en France (et sous le titre que je vous laisse apprécier : La Maison Des 1000 Morts…). Cette sortie « direct to video » appuie ironiquement (mais involontairement bien sûr…) sur ce sentiment de rejet d’une certaine Amérique dont avait témoigné ce premier film. Avec les mêmes personnages mais une toute autre façon de faire, Rob Zombie revient en 2006 avec The Devil’s Rejects.
Oubliez la farce, faites place au road movie et au western ! Oubliez le montage rapide et faites place à un ensemble plus chaloupé, plus « cool ». Parce que c’est ça The Devil’s Rejects, ce ne sont plus des tueurs sadiques au rire machiavélique mais des tueurs cools à la Tarantino, n’oubliant jamais la petite vanne qui va bien avant de vous mettre une balle dans la tête, le tout sur une musique plus proche du rock old school que de l’indus. Si The House Of 1000 Corpses accrochait le regard avec des couleurs surréalistes, The Devil’s Rejects renvoie au western et à ses couleurs crépusculaires, la scène d’ouverture renvoyant directement à La Horde Sauvage ou même à Rio Bravo.

Construit comme un road movie sur fond de chasse à l’homme, on s’aperçoit rapidement (et c’est même beaucoup plus clair que dans le premier film) que le chasseur n’est pas celui que l’on croit. Tel Scagnetti dans Tueurs Nés, le personnage interprété par William Forsythe traque la famille du Captain Spaulding sans relâche et de manière de plus en plus animale à mesure que le récit progresse. La victimisation des « rejetons de l’enfer » atteint son paroxysme dans la séquence finale, comme une représentation de ce qu’est Rob Zombie, de la musique qu’il aime et fait, des films qu’il aime et fait, comme le rebut oublié de l’Amérique puritaine. Rob Zombie EST le rejeton du diable car l’Amérique EST, pour lui, le diable !

En deux films radicalement différents mais mettant en scène les même personnages, Rob Zombie impose sa vision des choses, une vision sans concession d’un monde auquel les bien pensants ne voudraient pas qu’il appartienne.
Alors qu’il s’attelle à une ré interprétation d’Halloween, on peut bien se demander ce qu’il va faire de Michael Myers, archétype du Boogey Man sans pitié ni remords, immortalisant le diable en personne. Va-t-il en faire aussi une victime oubliée de l’Amérique ? Réponse dans quelques mois…

Et en spéciale dédicace à teub, une photo du génial making-of de « The Devil’s Rejects » :
Derf
Pas de commentaire
Laisser un commentaire




IMDb's page for this movie