Le monde merveilleux du polar français

« Oui je fais peur ! Moi je pointe du doigt et je m’en fous si c’est mal élevé ! »
Le Serpent
Le renouveau du cinéma de genre français, nouvelle « nouvelle vague » née au milieu des 90’s, a longtemps déçu, puis stagné… Il semble aujourd’hui qu’elle soit en train de régresser vers une paresse d’écriture et d’ambition généralisée assez déconcertante.Tout comme Truands, sorti quasi simultanément, le Serpent est vendu comme un polar qu’on n’aurait pas à envier aux américains.
Quelle idée que de tenter de renouveler le thriller français avec un scénario aussi éculé. On assiste à un Nerfs à vif du pauvre, mâtiné d’un peu de trauma d’enfance façon Old Boy sauce Navarro (on a cependant la chance d’échapper au flashback, inespéré tellement le reste est d’une caricature de tous les instants). Cornillac, looké comme dans un épisode de Derrick, ne fait pas peur une seconde. L’éclairage en douche pour lui plonger les yeux dans le noir est le seul moyen qu’a trouvé le réalisateur pour limiter les dégâts. Mais rien n’y fait, on n’accroche pas à cette histoire pourtant très balisée, un comble.

« Je me noie ! Je me noie ! » dit le polar français
La mise en scène plate n’arrange rien, une photo sombre, une pluie constante et une musique grinçante et faussement inquiétante absolument insupportable, stop, arrêtez le massacre, les artifices sont bien trop voyants.Rebondissements, dialogues et interprétation sont si caricaturaux qu’ils prêtent parfois à sourire, mais pas assez souvent pour éviter un ennui profond. Car bien entendu cela fait sans doute plus américain d’étirer tout ce ramassis de clichés sur 2 grosses heures interminables.
Le Serpent est tellement fade et agaçant, photocopie ratée et petit bras confiée à un réalisateur sans aucune personnalité, qu’on en vient à regretter l’époque des Kounen – Kassovitz – Besson (oui, à ce point-là).
2/10

Scène mythique de la raie à Cloclo. Tony Montana, fais pas le malin !
Truands
Truands se présente sous la forme de la chronique réaliste du gangstérisme à la française. Problème, on n’y croit pas une seconde. Les dialogues tout d’abord, sous prétexte de coller à la beaufitude misogyne des personnages, sont d’un ridicule achevé, car essayant aussi de jouer sur le terrain de la réplique qui tue. Les « Fais pas ton étroite » et autre « Je me beurre pas la raie moi » sont alignés comme autant de perles de mauvais goût que les acteurs ont bien du mal à sortir sans que ça paraisse faux et grotesque. L’interprétation justement, est un sommet de caricature, notamment de la part de Philippe Caubère qui livre ici un cabotinage mémorable, tant il sent la performance mal assumée. On est parfois en pleine parodie involontaire (les scènes de la boîte et du rameur sont vraiment comiques). Quelque part c’est assez fascinant. De plus, c’est bien d’avoir réussi à placer son frère dans le casting, ça amplifie par le lien familial le parallèle cinéma/truands, encore faudrait-il qu’il sache jouer la comédie…

Totale éclate…
Schoendoerffer enchaîne les scènes sans leur laisser le temps d’exister, c’est souvent monté n’importe comment (les plans « pendant ce temps-là, à Vera Cruz » de Corti en prison…). Pour continuer avec la famille, p’tit hommage gratuit à papa avec un bout de La 317e section, fais-toi plaisir. On saupoudre de quelques plans pauvrement inspirés par le cinéma de Michael Mann et le –mauvais – tour est joué : Magimel qui marche au ralenti, Magimel et sa grande baie vitrée, Magimel qui pense en regardant un aquarium…
Et même si tout cela avait par miracle été réussi, quel intérêt à ce nauséabond tableau du gangstérisme franchouillard puisque le réalisateur n’a absolument rien à dire. Certains devraient réviser la distinction entre fiction et documentaire. La plupart des reportages sur le sujet sont plus engagés et instructifs que ce Truands bêtement illustratif. Ok, c’est des ordures stupides, et après ? Pourquoi perdre 2 heures pour ce simple constat, puisque le plaisir du cinéma de genre semble être proscrit.

« Entre 2 plans, j’aime bien imiter le bouledogue. » « On tourne Philippe on t’a dit ! »
Le refrain « mon film n’est pas vulgaire, ce sont les gangsters qui le sont » est bien facile, surtout quand on a rien d’autre à se mettre sous la dent que cet étalage d’injures, de violence et de cul. Même un plagiat des Affranchis serait bien plus respectable, on sentirait moins la prétention auteuriste qui se dégage de cette soi-disant radioscopie du milieu.
Aucun point de vue. Aucun style personnel. Bref, un film inutile, à part pour enfoncer un peu plus le clou sur le cercueil du cinéma de genre français.
2/10
Allez, pour le plaisir (à voir au moins une fois dans sa vie) :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18717663&cfilm=108871&hd=1.html
2501
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