The Fountain (by 2501)

Le problème avec les jeunes réalisateurs qui voient l’un de leurs premiers films devenir culte quasi instantanément (le terme n’ayant plus la valeur d’autrefois), c’est qu’ils se sentent trop vite investis d’une mission et d’une obligation de grandeur malvenues. Pour le dire autrement la prétention les guette, et ils plongent la tête la première espérant dans le pire des cas que leur public ne les lâchera jamais quoiqu’ils fassent. Le projet The Fountain fût long et douloureux à accoucher. Cela a sans doute accentué sa nature de film maudit et malheureusement trop emphatique. On ne peut qu’être admiratif de la ténacité d’un réalisateur à défendre coûte que coûte une oeuvre qui lui tient à cœur. Mais quand la gestation est trop longue et doublée d’une ambition démesurée, le résultat est souvent au mieux bancal, au pire, raté.
Darren Aronofsky a donc voulu jouer trop tôt dans la cour des grands. On a quasiment constamment devant The Fountain la désagréable sensation qu’il a voulu griller les étapes en réalisant son chef-d’œuvre, avec les lourdes parentés d’un Kubrick ou même d’un Tarkovski.

The Fountain a longtemps fait parler pour sa triple temporalité révélée dans une bande-annonce mystérieuse au montage très réussi. Le dispositif est une bonne idée en soi pour relier entre elles les maigres ramifications d’une histoire de deuil. Le thème de The Fountain est incontestablement beau, et de plus rarement traité aussi frontalement. Mais là où justesse et sensibilité s’imposent, Aronofsky nous sert sa virtuosité sur un plat d’argent, ce qui ne sied pas du tout au sujet. Le concept passant avant l’humain, il faut sacrément s’accrocher dès les premières séquences pour adhérer à cette narration morcelée qui ne s’affranchira des indispensables, quoiqu’on en dise, scènes d’exposition qu’à rebours et extrêmement brièvement. Trois scènes au présent tout au plus, pour nous permettre de croire à cette histoire d’amour que l’on sait déjà condamnée. Beaucoup trop peu pour se sentir proches de ces personnages. The Constant Gardener, sous des dehors de film politique très classiques, développait en filigrane des thèmes similaires avec beaucoup plus de réussite. La même Rachel Weisz avait d’ailleurs le temps et les moyens de s’y montrer infiniment plus touchante.

Le film est si ramassé sur lui-même qu’il est bien difficile d’être emporté dans le voyage intérieur tant attendu. Il est sans doute trop à l’image de son personnage principal exagérément obtus et buté, mettant en avant son dispositif plus qu’une histoire au final très maigre. Les acteurs, d’un engagement sans failles, sont dévorés par cette narration obsessionnelle, des symboles sur-signifiants et une imagerie qui se fait de plus en plus kitsch et ridicule à l’approche de la conclusion. Malgré un récit tortueux, les répétitions sont légions, les signes et métaphores trop évidents, et par conséquent le tout est d’une étonnante, et agaçante, prévisibilité. Le livre faisant le lien, la conclusion annoncée de la bouche d’un personnage, tout cela concourt à mettre en avant une architecture omniprésente et à annihiler l’incarnation, et l’émotion. Par sa multi-temporalité, sa photographie esthétisante, ses cadres trop chargés, la forme dévore le fond et le résultat donne un profond sentiment d’artificialité. Sentiment renforcé par le minimalisme limite fauché des décors et des costumes.

A force de ne vouloir retenir que l’essence de son récit, Aronofsky a essoré son beau sujet mais n’en a retenu qu’une enveloppe peu reluisante. Pas aidé par une complainte lancinante tournant en boucle et étouffant d’autant plus un film déjà fortement sclérosé (pourtant servie par le Clint Mansell de la très belle BO de Requiem for a dream), il fonce aveuglément vers une apothéose dont le visuel ferait passer Blueberry pour une œuvre aux hallucinations visionnaires.
Un ratage en grandes pompes donc que cette fontaine de jouvence aux vertus empoisonnées par un excès de confiance suite à des lauriers peut-être trop vite acquis.
4/10
2501
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