Paprika

Retour plus que gagnant d’un grand maître de la japanimation qui n’a sans doute pas la reconnaissance qu’il mérite. Satoshi Kon reprend le sillon tracé par le très lynchien Perfect Blue avec Paprika, nouvelle variation sur la dichotomie rêve/réalité et sur la construction de l’identité à travers différents niveaux de réalité où se croisent fantasmes, manifestations inconscientes et déformations de tous les types d’ancrage spatio-temporel.

L’ouverture du film donne le ton de l’ensemble : le spectateur est directement plongé dans un rêve d’une richesse graphique hallucinante où les séquences qui le compose s’enchaînent sur le mode surréaliste de l’association d’images. Le raccord devient principe unificateur d’un univers en perpétuelle métamorphose où le réalisateur s’échine à représenter les différentes strates qui composent l’inconscient : références mythiques (Oedipe, le Sphinx, les sirènes) ou cinématographiques (un ascenseur nous transporte de genre en genre donc d’un univers de représentation à un autre). Kon parvient à expliciter par l’image même un fonctionnement de type psychanalytique
C’est beau, c’est inventif, c’est remarquablement écrit, bourré de références cinématographiques (Kon fait d’ailleurs à la fin du film un clin d’œil à sa propre œuvre Tokyo Godfathers). Dessinant un éloge de la force du cinéma considéré comme expérience consciente du rêve, refuge de l’imagination contre les frustrations de la vie quotidienne, Paprika confirme la vitalité de son réalisateur qui mérite les mêmes compliments et la même attention qu’un David Lynch.
9/10
Publié par feilong le 24 Décembre 2006

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