The Departed

Scorsese était attendu au tournant avec ce remake d’Infernal Affairs, d’autant qu’après deux fresques inégales, c’était justement le retour aux affaires pour notre italo-américain préféré, avec cependant l’appréhension due à la reprise d’un film récent plutôt bon.
Ce qui frappe avant tout c’est l’humour aussi présent que les morts. On ne s’attend pas à ces punchlines quasi-constantes, d’un côté ou de l’autre de la loi, dans un film qui s’intitule The Departed (« Les Défunts », oublions tout de suite la traduction française bas de gamme). De ce fait, on oublie vite l’élégant film original, passées des présentations relativement similaires, le remake va habilement détailler chaque personnage avec un rythme très soutenu d’une efficacité imparable, à coups de tubes rocks ou même celtiques réglés au millimètre, marque de fabrique du cinéaste (et encore plus le tube Gimme shelter, qui donne le ton).

Nous sommes de retour dans les si confortables terres scorsesiennes (pour le spectateur), celles du crime, passées au crible d’une mise en scène qui n’a pas été aussi vivante et vibrante depuis Casino.
Dix ans déjà… Il semblait presque inespéré de retrouver cette patte que l’on aime tant. Mais dès l’inimitable ouverture avec la voix off de Jack Nicholson, on sait, sourire aux lèvres, ce qui nous attend. L’acteur en fait des tonnes dans ce rôle et il aurait tort de s’en priver. Son personnage est à sa mesure et les dialogues qui vont avec la belle panoplie un véritable délice. Cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu s’amuser à ce point (on se demande même parfois s’il n’improvise pas la moitié de ses répliques). Le reste du prestigieux casting est au diapason, même si moins haut en couleur (à l’exception d’un Mark Wahlberg sniper en diable). Seul Anthony Anderson n’est vraiment pas à sa place, heureusement dans un rôle mineur.

Malgré tout, l’opposition entre Damon et Di Caprio ne marche que par intermittence, et est supplantée par le film original. Le cinéaste prétend ne pas avoir vu ce dernier, et on sent qu’il joue à son gré et avec bonheur avec le scénario et ses personnages, plus qu’avec les rebondissements les plus réussis d’Infernal Affairs. Nouvelle adaptation du script plutôt que remake, The Departed gagne dans le pittoresque de la description des deux milieux, flics et voyous, en territoire irlandais cette fois, ce qu’il perd dans la fluidité du récit, pourtant soutenu et efficace.
Le Scorsese des grands jours nous sert une sublime scène nocturne de double filature rappelant les lumières de Taxi Driver (prenant départ comme par hasard dans un cinéma porno). Mais il se fait quelque peu piéger par sa direction d’acteurs prenant parfois le pas sur l’histoire. Le film a les défauts de ses qualités. Nicholson le vampirise tellement que la conclusion paraît un peu poussive, presque déceptive au regard des deux heures précédentes.
Cela n’empêche pourtant pas The Departed d’être une heureuse surprise. On pardonnera même un triangle amoureux moyennement convaincant devant le plaisir des retrouvailles avec le cinéma de genre qui a fait les heures de gloire de Marty. Ce nouveau long-métrage n’est sans aucun doute pas au niveau des Casino et autres Affranchis, mais il n’en reste pas moins une série B au sens le plus noble du terme, réalisée avec la fougue et la passion qui caractérisent Scorsese.
8,5/10
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