Le Prestige

Le 7ème Art a pour lui un pouvoir de fascination qui l’emporte sur tous les trucs de la magie. Si le cinématographe pouvait paraître à son aube plus magique que n’importe quel autre tour, le public aura vite fait de découvrir ses secrets et pourtant son attraction n’a jamais vraiment faibli. Encore plus de nos jours avec les secrets révélés au grand jour par les multiples bonus DVD, le cinéma reste un moyen d’évasion d’une efficacité indéniable. La magie est un sujet passionnant, mais bizarrement peu traité au cinéma, alors que leur corrélation est évidente, les deux étant des spectacles basés sur la manipulation et l’illusion. Le Prestige se présente comme une dissection de cet autre art du faux, de ce divertissement si particulier qui ne se définit par ailleurs que par rapport au secret qui l’entoure.

Christopher Nolan ne s’en soucie pas un instant et prend le risque de nous dévoiler les tours de deux magiciens rivaux. Ce scénario original dans tous les sens du terme fait un bien fou au spectateur abreuvé de recyclages en tous genres qui inondent les écrans. Le casting est on ne peut plus adéquat et l’interprétation d’une qualité sans faille (et qui fait plaisir à voir après le fiasco du Dahlia noir de ce côté-là). On retrouve d’ailleurs Scarlett Johansson qui semble plus à son aise ici qu’à poser chez De Palma, tandis que les seconds rôles sont réservés aux excellents Michael Caine et Andy Serkis, et que l’on a même droit à un David Bowie dans un rôle taillé pour lui. Mais c’est le duo Christian Bale – Hugh Jackman qui impressionne fortement, chaque acteur offrant une composition riche et différente. Direction artistique et réalisation sont si bonnes qu’elles ne se font pas remarquer outre mesure, tout semble au rendez-vous pour un grand moment de cinéma avec une histoire peu commune.

Si le scénario maintient habilement l’attention, il finit, par une structure alambiquée, et à force de circonvolutions incessantes pendant la deuxième heure du film, par lasser le spectateur cherchant évidemment constamment des réponses. Car Nolan a poussé le vice jusqu’à la mise en abîme d’un film construit comme un tour de magie complet, à savoir : la promesse, le tour, et le prestige. Au cinéma cela induit ce que l’on appelle un « twist final ». Et pour briller avec ce genre de stratagème, il vaut mieux privilégier la simplicité à la multiplicité des rebondissements. Malheureusement, pris dans la malice de son scénario, le cinéaste se perd un peu en explications et en digressions. Et même si le spectateur aime être berné, il a largement le temps de facilement deviner le pourquoi du comment bien avant la dernière bobine. Ce qui amoindri largement la révélation, ou en fait les révélations, le film étant victime d’une ambition d’écriture démesurée, qui le rend de plus très bavard.
Le Prestige n’en reste pas moins un divertissement agréable et de grande qualité. Mais si l’on suit l’histoire jusqu’au bout sans s’ennuyer, on ne peut s’empêcher d’être un peu amer devant tant de pragmatisme et si peu d’illusion, et de panache, le film portant au final assez mal son titre.
8/10
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