The Host

The Host est le film asiatique du moment, annoncé à grand renfort de superlatifs, ayant fait sensation dans maints festivals dont Cannes, ce qui ne manquait pas d’intriguer pour un film de monstre. Joon-ho Bong, le réalisateur du remarqué Memories of murder, étant aux commandes, on comprend alors mieux pourquoi cet objet a priori totalement saugrenu a tant la cote. Mais comme dans un vieux proverbe concernant la chasse à l’ours, mieux vaut ne pas survendre la bestiole avant de l’avoir tuée…Dès le début tonitruant, The Host annonce la couleur, à l’image d’une grosse bête à la fois dangereuse et ridicule (sorte de poisson-chat sur pattes), le programme sera tragi-comique.
Les scènes de panique ouvrant le film sont impressionnantes mais surtout très bien amenées. Elles résument le ton du film : le croisement de la chronique familiale la plus réaliste et du bon gros film de monstre. On sent déjà l’influence du Spielberg de Jurassic Park et de La Guerre des mondes (dans les scènes de la caravane et de l’évasion notamment), qui ne fera que se préciser au fur et à mesure des confrontations avec la bête, toujours au détriment du film coréen où les scènes sont rarement poussées au bout de leurs possibilités. De plus la créature est techniquement assez peu réussie, sa texture numérique étant vraiment très voyante. Les effets spéciaux sautent donc aux yeux presque autant que la mécanique du film, faite de ruptures de ton entre l’intrigue familiale, la menace et la traque spectaculaires et une vague histoire de virus. Ce dernier fil narratif impliquant un méchant américain très caricaturé est le plus faible du film. Il ne marche que comme introduction et conclusion du film, puis est lourdement greffé par-dessus le reste du film pour apporter le crédit du contexte politique. La dénonciation écologique qui s’y rajoute est d’actualité mais pas très fine non plus.

Ainsi on se retrouve avec un long-métrage hybride, prétendant jouer sur tous les tableaux sans faillir mais le résultat est seulement une suite de scènes artificiellement imprévisibles, là où l’intrigue est à la base on ne peut plus simple. La surprise joue parfois en faveur du film, mais bien souvent elle compromet l’implication du spectateur qui s’interroge sur les enchaînements maladroits du récit ou sur un humour au cœur du drame pas toujours très bien manié…Joon-ho Bong nous sert malgré tout un programme suffisamment riche pour que l’on ne s’ennuie pas. L’incongruité de certaines scènes étonne, comme ce dégueulis d’ossements humains, ou la bestiole et ses déplacements de gymnaste, et le film est suffisamment radical pour affronter la mort en face (tout en restant léger niveau hémoglobine, sans doute pour respecter une cible grand public). Par contre, la fin s’avère d’un classicisme assez décevant à la fois sur la chronique familiale et la chasse au monstre.
Ainsi The Host est juste un honnête divertissement un peu trop décousu, une oeuvre aigre-douce qui voudrait se faire passer pour de la grande gastronomie sans jamais y parvenir vraiment.
7/10
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