Inside Man

Spike Lee s’attaque au film de genre… On se dit chouette, il va y mettre son grain de sel, ça ne va pas être du film de genre classique, ce n’est pas possible, la bande-annonce très banale devait forcément être mensongère…
Déjà, le générique est soigné et original avec une musique en décalage : un tube hindi (légèrement remixé sauce rap tout de même). Cependant, relatif cache-misère, car une fois la surprise passée on s’aperçoit que l’on assiste au parcours des braqueurs jusqu’à la banque, déguisés en peintres… Ok, Spike joue sur les clichés, on va bien s’amuser.

Tout se déroule sans accrocs, les scènes d’exposition du film de braquage sont bien menées, avec une virtuosité pas forcée d’élève plus malin que le maître. On sent d’une manière quasi-constante que le bougre nous cache quelque chose, que ces passages obligés nous réservent un retournement de situation voire mieux une réflexion sur le genre, un effondrement du château de cartes si délicatement mis en place. On attend d’ailleurs plus le tour de passe-passe du réalisateur que celui du braqueur. Oui, car au bout d’une petite heure, où tous les protagonistes mettent des plombes à se présenter, on se fout un peu de ce qui se passe à l’intérieur, on l’a même quasiment déjà deviné. Nous on veut voir le Kill Bill du film de braquage, ou du moins le Kiss Kiss Bang Bang. Mais non. Le film donne toujours l’impression d’avoir ce recul ironique par rapport à ce qui se passe (et par rapport au spectateur, ce qui est agaçant), mais il ne donne toujours pas matière à s’amuser, pire, il commence à ennuyer sévère, à base de punchlines foireuses entre les 2 flics blacks et de rebondissements mollasons et prévisibles…
Comme si le cinéaste regardait tout ça de trop haut, sur son trône de roi du cinéma engagé indépendant un peu trop vite consacré. Du recul mais finalement beaucoup de frime derrière l’apparente décontraction de l’ensemble (l’humour est rarement efficace et les acteurs jouent parfois comme s’ils étaient dans un film de Tarantino). Le très bon directeur photo Matthew Libatique fait dans la virtuosité tranquille et assurée, sans faire de vagues, à deux ou trois fautes de goût près (cette caméra à l’épaule dès que les flics entrent en action, clichée et même pas efficace, et surtout la photo dégueulasse des flashs-forwards, et enfin le travelling arrière sur chariot ridicule pour montrer la colère du flic…).
Le cast 4 étoiles ne se donne même pas la peine de donner son meilleur tellement ils ont l’air entre copains, comme chez Soderbergh. Du easy filming entre potes en quelques sorte, persuadés qu’ils font le coup du siècle sans efforts. Sans parler de la caractérisation approximative des personnages (Willem Dafoe qui hérite d’un rôle à la limite de la figuration indigne de son talent, personnage de Jodie Foster assez nébuleux, les deux inspecteurs blacks qui s’envoient des vannes pas drôles comme dans une parodie de buddy movie…).
Et comme une obligation d’auteur, il faut qu’il y ait une touche antiraciste qui fait un peu « rapportée » : « hé attention on est chez Spike Lee, y’a du sens sous cette bonne tranche de divertissement ! ». A ce titre la discussion avec le flic ayant découvert le braquage est franchement de trop. Bref, sur le papier l’intrigue et sa résolution ont de quoi séduire, et du potentiel pour faire une bonne série B. A l’écran, on constate un boulot de fainéant sûr de ses effets qui veut faire un film d’un certain calibre mais pédale dans la semoule à force d’autosuffisance.
5/10
mise en ligne par 2501 le 28/10/06
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