BAMAKO

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Bamako est un film décapant qui part du postulat suivant : les exigences de « la bande des trois » (Banque mondiale, FMI et OMC), irriguées par les pays riches, privent les pays africains d’une partie de leur souveraineté. Mais plus que d’un postulat, c’est avant tout dans une réalité que s’ancre le film, celle du Mali, où la dette a entraîné (sous la pression de la Banque mondiale) la libéralisation des services publics, chemin de fer, santé, éducation, communication, plongeant le pays dans une plus grande pauvreté.
Ainsi naît sur la pellicule l’impossible : le procès de la Banque mondiale et du FMI dans la cour d’une maison au Mali. Cette cour africaine, c’est la société en petit, un microcosme : certains travaillent, d’autres non ; certains discutent, d’autres dorment ou mangent. La (sur)vie suit son cour au milieu d’un tribunal que l’on dresse quotidiennement. En filigrane, l’histoire d’un couple qui se défait. Melé, chanteuse et son mari Chaka au chômage, vivent dans la cour mais ne remarquent même pas le procès. A eux deux, ils incarnent une marque du délitement du tissu social.
Le dispositif, somme toute frontal et quasi à huis clos, s’organise selon un cérémonial immuable : un juge entouré d’assistants et de greffiers, donne la parole aux plaignants de la partie civile et à ses avocats, aux avocats des institutions internationales, tandis que le tout est sécurisé par la police. A la barre se succèdent les témoins (Aminata Traoré), des plus éloquents aux plus humbles, qui ont eu à subir les « ajustements structurels » imposés par la Banque mondiale.
Filmé façon documentaire, Bamako ne tombe pas pour autant dans le manichéisme primaire (d’ailleurs, il n’y a pas de verdict à ce procès). Mais, et c’est tout à son honneur, Abderrahmane Sissako ne triche pas. Il a choisi de vrais avocats, juges et témoins qui parlent de leur vérité. Et quand la vérité est criante, elle ébranle. Elle est aussi silencieuse : l’instituteur amené à témoigner à la barre se plonge dans un mutisme que je qualifierai d’insoutenable. A son sujet, l’insertion d’un western spaghetti dans lequel les cow-boys (special thanks to Ray-Ban et lunettes Gucci !) tuent l’instituteur sont européens et africains. La symbolique est profonde : elle établit la coresponsabilité dans les épreuves de l’Afrique.
Mon regard façonné socio-ethno-anthropo, formation universitaire oblige, me fera dire que Bamako aurait pu à certains moments sortir du procès, aller voir ailleurs, vers d’autres cours, la ville… Abderrahmane Sissako l’a fait (cabaret, église, teinturerie, pause « thé »…) mais pas assez à mon goût et seulement dans un seul but : faire se rencontrer des personnages impliqués dans le procès et d’autres pas du tout. Mais ces plans hors huis clos n’apportent pour ainsi dire aucune dimension représentative d’une société malienne qui a gagné une chose essentielle : un espace de parole libre. Et pourtant, ça n’a pas de prix et combien il est réjouissant de voir les artistes et la société civile, après la bataille de la liberté d’expression et de la démocratisation, s’emparer à bras le corps des problèmes de l’Afrique et participer, à leur manière, à la prise de conscience. Je pense que l’Afrique prendra en charge son destin par la parole, sous quelle forme que ce soit, afin d’abolir sa servitude.
Quoi de commun entre le plasticien malien Ismaël Diabaté ou le rappeur sénégalais Didier Awadi ? Tous deux sont « passés » par les forums sociaux mondiaux de Porto Alegre au Brésil, qui ont permis de tisser des réseaux entre les pays du Sud. Libérons la parole mais écoutons surtout !
Pas de happy end, avais-je besoin de le préciser ? La dernière séquence est saisissante, je la qualifierai de « documentaire dans le documentaire ». Images tournées en caméra subjective, sans son : le regard de ceux qui n’ont pas (plus) la parole. Enfin, la plaidoirie finale est assez forte et remarquablement interprétée : une annulation de la dette… même mieux : condamner la Banque mondiale et le FMI à des travaux d’intérêts généraux à perpétuité. Y a bon Banania !!!
Dans la presse, on lit partout que Bamako devrait être une prise de conscience, un acte de dénonciation. La conscience on l’a, mais une fois de plus, on a « mal à notre humanité » lorsqu’on en ressort. Une souffrance du Nord qui face à celle du Sud aura la délicatesse de s’exprimer en silence.

10/10

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allez c’est bon vous pouvez vous défouler sur l’article ! il est 1h54 du mat’. il me parait nécessaire de le préciser pour que le défoulement porte sur le fond et non sur la forme. ceux qui connaissent mes compétences en informatique comprendront ! :wink:

Commentaire by deb on 28 octobre 2006 1:56


Bon et bien pour me défouler je cherchais un smiley approprié mais y’a même pas de smiley qui applaudit à tout rompre, donc je me débrouille autrement :

CLAP ! CLAP ! CLAP ! CLAP !

Respect. Et même standing ovation.

Ca me donne envie de voir un film qui ne m’attirait pas plus que ça. Après ça tu ne peux qu’intervenir régulièrement ici. :smile:

Juste un p’tit problème : j’aurai du mal à m’atteler à ma critique après avoir lu celle-ci (et donc adieu mes 7 EL…:cry:).

Deb rules.:mrgreen:(même si y’a des progrès à faire niveau photos :wink::mrgreen:)

Commentaire by 2501 on 28 octobre 2006 4:09


Comment je suis fier de toi ma soeur ! :shock:

Le niveau se relève d’un coup et cela se sent !
Encore merci pour cette article qui donne envi de voir ce film qui sans toi, n’aurait sans doute jamais apparu dans ces pages, et c’est là l’intéret, plein de point de vue, plein de goûts et de couleurs différentes , j’adore :wink:

Merci pour cette première participation qui en annonce beaucoup d’autre !:grin:

et comme le dit Luc :

Respect. Et même standing ovation. !:razz:

Commentaire by feilong74 on 28 octobre 2006 9:42


ouais je sais j’ai la classe !:cool: (sur le smiley ce sont des Ray-Ban, rappel à une référence cynique dans Bamako)

MERCI les gars pour vos commentaires je ne m’attendais pas à ce que mon style vous plaise. J’avoue que j’avais quelques palpitations hier soir au moment de publier l’article… juste parce que vos critiques d’experts me faisaient ressentir un petit complexe d’infériorité : les références et les techniques cinématographiques vous sont acquises ! J’apporterai donc ma contribution pour que cette rubrique reste éclectique tant au niveau du style que des films soumis à la critique. C’est avec plaisir, à l’occas’, que je reviendrai mettre un article… mais le ciné ayant un coût non négligeable, ce n’est pas pour demain !

MERCI aussi à l’administrateur qui a modifié l’image ! Celle retenue me plaisait beaucoup plus que l’affiche du film mais je ne l’ai pas trouvé « en grand », impossible d’en modifier la taille… l’info et moi !!!

Commentaire by deb on 28 octobre 2006 11:35


Bienvenue à la ‘tite nouvelle, belle analyse…De Delon pire période à Zabriski Point en passant par Bamako et Mamoru Oshii, si c’est pas de l’eclectisme ça…

Commentaire by derf on 28 octobre 2006 19:20


Ah quel tricheur ce feilong ! :mrgreen:

Il utilise sa soeur pour gagner des points sur EL !!:lol:

Flemmard, t’aurais pu aller voir le film ! Je croyais que sa critique t’avais donné envie de le voir ! Moi c’est fait, et une petite critique à venir (bien pâle comparée à celle ci-dessus mais bon…).

Commentaire by 2501 on 2 novembre 2006 20:04


Je suis chez ma soeur là. Je lui ai expliqué ce que j’ai fait sur EL, vu que pour elle, ton commentaire c’était un peu du chinois !:mrgreen:

Et oui je suis un vieux pourri anti-sioniste tricheur et j’ai profité de la plume de ma soeur. Même pas mal ! :lol:

Commentaire by feilong74 on 3 novembre 2006 21:16

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