Le Parfum

Adapter le roman de Patrick Suskind fait parti de ces paris fous et impossibles aussi attendus que redoutés dont le cinéma nous fait régulièrement partager le dilemme.
Quand on sait que les plus prestigieux cinéastes s’y sont collés (du grand Kubrick à Scorsese en passant par Ridley Scott et Tim Burton), et s’y sont tous cassé les dents pour des raisons diverses et variées, on se dit de prime abord que le choix de Tom Tykwer est bien malheureux. Car on a encore en tête l’horrible film MTV qu’était Cours Lola cours, au style boursouflé, et au final produit plus énervant encore que tous les films pour teenagers crachés par la machine Hollywood.
Suskind ne voulait que Stanley Kubrick. Mais au bout de quelques années de farouche résistance, son exigence bien compréhensible dû sans doute céder face à un gros chèque…

C’est donc plein d’appréhension que l’amateur du roman se rend en salle pour découvrir ce Parfum : histoire d’un meurtrier.

On note dès l’introduction dans les rues crasseuses du Paris du XVIIIème siècle, un soin particulier apporté aux décors, mais surtout une belle évolution dans la mise en images et dans le travail du son. Quelques effets paraissent encore faciles mais restent efficaces, et l’on sent que le réalisateur a étudié son sujet assez longtemps et avec respect pour nous livrer une ambiance quasi-onirique renforcée par une superbe musique.
De plus, Tom Tykwer ose, et une certaine audace visuelle sort souvent son film d’un académisme littéraire qui le guette tout de même un peu (la voix off trop importante notamment), et d’un aspect « film de producteur » présent aussi, qui lisse quelque peu le parcours malsain et cruel de ce meurtrier pas comme les autres.

L’histoire reste fascinante et est souvent idéalement illustrée, retranscrivant joliment les odeurs par le visuel. On ressent plus qu’on ne sent bien sûr, mais c’est bien le maximum que l’on puisse demander au cinéma; l’odorama n’étant qu’un gadget qui n’a jamais été vraiment au point et qui, nécessitant l’action du spectateur par le grattage, le sortait de manière artificielle du spectacle cinématographique.
Le récit est d’une fluidité exemplaire, comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. On rentre facilement dans ce film aussi porté par la remarquable performance de Ben Wishaw en Jean-Baptiste Grenouille. Ressemblant plus à un enfant sauvage un peu angelot inquiétant qu’au héros laid et repoussant du roman, on en vient pourtant, devant sa prestation quasi-muette et son charisme menaçant à ne rien y trouver à redire, même si certaines scènes auraient eu plus de force avec un être au physique monstrueux.

L’apport de Tykwer demeure avant tout plastique, là où un grand cinéaste y aurait mis un tout autre grain de sel, tel Kubrick, encore lui, avec le Shining de Stephen King. On est plus dans l’illustration avouons-le assez virtuose que dans la trahison d’un artiste par un autre. Néanmoins le film ne tombe pas dans le piège de la belle image appliquée. L’esprit du livre y est, même si quelque peu dilué.

Les scènes finales à la limite du ridicule confirment cependant qu’un roman aussi malsain et radical que Le Parfum ne peut être adapté avec une totale fidélité dans le cadre d’une grosse production à 50 millions d’euros. Mais Tykwer arrive quand même à se sortir d’affaire et à livrer un film plus qu’honnête, certes pas à la hauteur du chef-d’oeuvre littéraire (mais est-ce qu’un autre y serait parvenu ? rien n’est moins sûr), mais une oeuvre excellente et surtout envoûtante, dont on se rappelle les effluves longtemps après la projection.

Critique rédigée par 2501 le 9/10/2006.

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